26e DIMANCHE ORDINAIRE « C » 2019

Parole de Dieu : Amos 6, 1a.4-7; 1 Timothée 6, 11-16; Luc 16, 19-31.

Tout récemment, nous avons été remués par la grande désolation provoquée par l'ouragan Dorian aux Bahamas, sans compter les nombreux dégâts qu'il a causés en plusieurs autres endroits. La couverture médiatique qui en a été faite nous a sensibilisés aux souffrances subies par les populations touchées. Cette catastrophe figure parmi plusieurs autres qui ont toutes en commun de créer une grande pauvreté ou d'aggraver une pauvreté déjà durement ressentie et causée par le fonctionnement d’une économie mondiale axée sur la recherche obsessionnelle de profits astronomiques.

Selon un rapport d'Oxfam de 2018, 26 personnes dans le monde possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l'humanité. L'ampleur de cette inégalité dans le partage des richesses a de quoi nous scandaliser et nous révolter. Notre degré d’indignation augmente quand on constate avec quelle indifférence et quelle cupidité des gens et de grandes corporations continuent de s'enrichir en appauvrissant tout le monde. La première lecture, extraite du livre d’Amos, rappelle qu’il est nécessaire de se montrer solidaires des plus pauvres contre l’acharnement avec lequel les riches s’approprient les meilleures ressources à seule fin de jouissance égoïste. Le prophète Amos ne met pas de gants blancs quand il parle de ces gens qu’il décrit vautrés sur des lits d’ivoire, festoyant et se parfumant dans l’indifférence totale des pauvres et des démunis.

Dans la parabole du riche et du pauvre Lazare, Jésus s’inscrit dans la même ligne prophétique de dénonciation. Il souligne l’insolente disparité, le fossé scandaleux séparant le riche et le pauvre. Les textes d’Amos et de Luc s’accordent pour faire ressortir que la richesse rend sourd et insensible à la détresse d’autrui, elle empêche de voir la pauvreté environnante, elle fait oublier les liens de fraternité unissant les membres d’une même communauté, elle engendre l’indifférence à la misère des autres. La souffrance provoquée par une richesse mal répartie cause l’aveuglement et empêche toute forme de compassion. Les pauvres se retrouvent ainsi isolés, solitaires, souffrants, démunis et sans recours.

La parabole racontée par Jésus présente deux figures complètement opposées : un riche indifférent et un pauvre laissé à lui-même. Mais aujourd’hui, qui sont les riches et les pauvres? Comme le riche de la parabole, ils sont souvent anonymes. Il peut s’agir de multinationales, de grandes institutions financières. Par contre, le pauvre, lui, porte un nom. Il s’appelle Lazare, nom qui signifie « Dieu a secouru ». Il est une personne bien identifiée. Si Jésus prend la peine de le nommer, c’est parce qu’il est quelqu’un aux yeux de Dieu. Il est sans le sou, malade, affamé, solitaire, mais il est important pour Dieu. Les pauvres sont ses préférés, non pas parce qu’ils sont plus vertueux que les autres, mais simplement parce qu’ils sont laissés pour compte. Dieu a souci des pauvres, il est avec eux, il les aime.

Rappelons-nous ce que Jésus disait dans le texte entendu dimanche dernier : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, lorsqu’il manquera, ils vous reçoivent (i.e. les pauvres) dans les demeures éternelles ». C’est la même idée que l’on retrouve dans le récit du riche et du pauvre Lazare. Parvenu dans les demeures éternelles, Lazare ne peut recevoir le riche, car celui-ci avait négligé de s’en faire un ami, c’est-à-dire de le secourir de son argent. C’est donc la même idée du partage et de l’attention aux plus démunis qui domine. Le tort du riche n’est pas d’avoir maltraité, exploité ou méprisé Lazare. Son tort est de n’avoir rien fait pour lui, de n’avoir pas su partager, de s’être fermé à sa misère. Il s’est tellement laissé absorber par la richesse et les plaisirs de la vie qu’il n’a pas trouvé occasion de s’enrichir en vue de Dieu en se laissant toucher par la pauvreté de Lazare qui le côtoyait chaque jour.

L'évangile contient donc une invitation au partage. La pauvreté aujourd’hui se présente sous des formes et des visages extrêmement variés. Elle n’est pas que matérielle, elle est plurielle. La richesse, quant à elle, bien plus qu’un objet de possession, est avant tout une responsabilité, sinon elle devient vite la seule chose qui compte dans la vie et risque ainsi d’obstruer toute ouverture à l’avenir, celui dont jouit le pauvre Lazare après sa mort.

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